Chabbath Parachat Vayéra
19 novembre 2005 – 17 ‘hechvan 5766
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Jérusalem |
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Allumage des bougies |
16 h 03 | 16 h 03 |
16 h 49 |
Sortie de Chabbath |
17 h 17 |
17 h 09 |
17 h 58 |
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le Dvar Thora de cette semaine avec lequel nous poursuivons le deuxième chapitre des «Maximes des pères» (Pirké Avoth) consacré à la mémoire de
Madame Zahra BETTAN bat Rahel
Les commentaires sur le premier chapitre ont fait l’objet d’un livre, le troisième volume de notre série «Dvar Thora» ; le quatrième volume est déjà sous presse, nous espérons vous le faire parvenir ans les meilleurs délais.
Dans le but de diffuser encore et toujours le message éternel de la Thora, nous envoyons ce Dvar Thora à des milliers de personnes francophones dans le monde, via Internet.
En cette époque de rentrée, nous venons d’accueillir la nouvelle promotion, ce qui accroît le nombre des élèves de la Yéchiva à 140. De ce fait, nous avons augmenté le personnel, qui compte dorénavant 15 membres.
Nous comptons sur l’aide de tous nos amis pour pouvoir assumer ce nouveau "challenge" qui permettra à la Yéchiva de poursuivre son essor.
Cet été, nous avons reçu la visite de nombreux amis de la Yéchiva. C’est avec un grand plaisir que nous invitons tous ceux qui sont de passage à Jérusalem à venir nous rendre visite.
Ce Dvar Thora est écrit pour la guérison (refoua chelema) du fils de Rav Eliahou Elkaïm, ‘Haïm Yéhouda ben Mazaltov.
Ici, à Jérusalem, ville éternelle, symbole de la pérennité du peuple juif, nous prions et agissons pour la Délivrance et la paix.
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan
Chabbath Parachat Vayéra
19 novembre 2005 – 17 ‘hechvan 5766
Comment la Thora a été sauvée dans un cercueil…
Par Rav Eliahou Elkaïm
Un petit retour de six générations en arrière, avec Rabban Yo’hanan ben Zaccaï, nous permet de découvrir un épisode historique tout à fait étonnant et un personnage qui ne l’est pas moins…
«Rabban Yo’hanan ben Zaccaï reçut la tradition de Hillel et de Chamaï. Il disait: ‘Si tu as beaucoup étudié la Thora, n’en tire pas vanité, car c’est pour cela tu as été créé.’ (…)»
(Chapitre 2, Michna 8)
Après avoir cité toutes les maximes des descendants de Hillel, la Michna remonte quelques générations en arrière pour présenter les maximes de Rabban Yo’hanan ben Zaccaï, l’élève de Hillel.
Rabban Yo’hanan ben Zaccaï est l’une des grandes figures les plus marquantes du judaïsme, dans la mesure où il a reçu toute la Thora de Hillel et de Chamaï, et qu’il a joué une rôle capital durant l’une des époques les plus sombres de notre histoire: celle de la destruction du deuxième Temple.
Le titre de Rabban était attribué au prince (nassi), et fut l’apanage exclusif des descendants de Hillel, pendant huit générations.
Seule exception: Rabban Yo’hanan ben Zaccaï, qui n’était pas un descendant de Hillel, mais son élève, comme nous l’avons dit, et qui porta ce titre et assuma cette fonction malgré tout, en des circonstances dramatiques.
Erets Israël était sous invasion romaine, et le quatrième descendant de Hillel, Rabban Chimon ben Gamliel fut exécuté par les romains, quelques semaines seulement avant la destruction du deuxième Temple. Ce meurtre eut lieu le 25 sivan 3828, en 68 de l’ère vulgaire (cf. Méguilat Taanit, dernier chapitre, Tour Ora’h ‘Haïm 580).
Il fut l’un des dix martyrs de la foi (assara harougué mal’hout).
Son fils, Rabban Gamliel II, était encore trop jeune pour lui succéder et assumer la lourde responsabilité de la nessiout.
Prophétie dangereuse
Le Talmud (Guittin 56b) nous raconte comment Rabban Yo’hanan ben Zaccaï, alors au crépuscule de sa vie, réussit à sauver Yavné, centre de Thora, de la destruction et à obtenir la protection de la famille du Nassi.
La victoire romaine était déjà assurée contre les Juifs, mais certains extrémistes refusaient d’abdiquer et de négocier avec les Romains, pour éviter le massacre de la population et la destruction du Temple.
Rabban Yo’hanan ben Zaccaï décide d’agir.
Il demande qu’on l’enferme dans un cercueil et que l’on fasse courir le bruit qu’il est décédé. Il pourra ainsi sortir de la ville assiégée. Et c’est ce qui se passe. Au moment de sortir de la ville, les gardes juifs fidèles aux extrémistes laissent passer le cortège mortuaire.
Après avoir quitté l’enceinte de la ville, le cortège se dirige vers la base romaine. On ouvre le cercueil et Rabban Yo’hanan va au devant des Romains pour se présenter devant Vespasien, qui dirige les opérations.
Rabban Yo’hanan le salue par ces mots: «La paix soit avec toi, mon Roi». Devant son étonnement, il lui annonce qu’il vient d’être nommé César à Rome.
Comment Rabban Yo’hanan peut-il prendre un tel risque? Et si cette «prophétie» s’avérait fausse?
Rabban Yo’hanan s’appuyait son affirmation sur un verset dans Isaïe, où il est dit clairement que le deuxième Temple sera détruit par un Roi: Vespasien est donc forcé de devenir Roi!
Et c’est ce qui arrive… Au moment même au Rabban Yo’hanan annonce cette nouvelle à Vespasien, des émissaires spéciaux, venus de Rome, confirment à ce dernier que César est mort, et que le Sénat a décidé de le nommer comme successeur.
Stupéfait, Vespasien demande à Rabban Yo’hanan quelle est sa requête.
Rabban Yo’hanan lui répond qu’il souhaite trois choses:
- la sauvegarde de Yavné et de ses maîtres en Thora
- la protection des descendants de Hillel, dont le futur Rabban Gamliel de Yavné.
- Des médecins pour guérir Rabbi Tsadok, qui avait jeûné pendant quarante ans pour éviter la destruction du Temple, et qui était dans un état de santé préoccupant.
Ces trois demandes lui furent accordées, et c’est ainsi que la Thora pu survivre durant cette sombre époque.
D’après l’auteur du Séfer Yo’hassin (Rabbi Avraham Zakuta, XV ème), Rabban Yo’hanan fut très apprécié par les autorités romaines et par Vespasien, qui surent apprécier sa grandeur. Et c’est à la suite de cet épisode que Rabban Yo’hanan fut nommé Nassi.
Mais il était très déjà très âgé, et ce n’est que deux ans qu’il occupa cette fonction, avant d’être remplacé par Rabban Gamliel de Yavné.
Au-delà de cette anecdote historique, qui montre son niveau de courage et sa capacité de dirigeant, Rabban Yo’hanan est un personnage d’une stature inégalée. Petit retour en arrière sur un homme hors du commun…
Une longue vie… pour une mission
Rabban Yo’hanan était Cohen (Sifri parachat ‘Houkat). Il est intéressant de noter que Maïmonide, dans son commentaire sur la Michna (chapitre 3) classe les Cohanim dans une catégorie différente des autres maîtres de l’époque des tanaïms, en commençant par Simon le Juste.
Il explique cette classification par le fait que D.ieu a voulu que la Thora soit transmise par les Cohanim, comme cela est exprimé dans la bénédiction de Moïse à Lévy:
«Ils (les Cohanim) enseigneront Tes préceptes à Jacob» (Deutéronome 33)
L’auteur du Séfer Yohassin ajoute: «Le flambeau de la Thora s’est très souvent trouvé entre les mains des Chohanim, d’abord avec Ezra lescribe et Simon le juste, ensuite avec les Hasmonéens.
C’est également ce qui s’est passé à l’époque de la destruction du deuxième Temple, où le seul qui a pu retransmettre intégralement la Thora reçue de Hillel fut Rabban Yo’hanan , son élève, qui était également Cohen.
A partir de lui et de ses élèves, la transmission ne sera plus interrompue.
C’est d’ailleurs pour que le peuple juif puisse jouir de cet héritage que D.ieu a accordé à Rabban Yo’hanan une très longue vie.
En effet, le Sifri(Vezot habera’ha, chap.457) nous dévoile que Rabban Yo’hanan fut l’un des quatre grands maîtres qui a atteint l’âge de cent vingt ans.
Ces quatre hommes forment deux couples:
- Moïse et Hillel
- Rabban Yo’hanan et Rabbi Akiva
Le Talmud ajoute une précision qui peut nous permettre de comprendre pourquoi Rabban Yo’hanan forme un couple avec Rabbi Akiva, et pourquoi les quatre maîtres ne sont pas cités ensembles.
Contrairement à Moïse et à Hillel, et à l’instar de Rabbi Akiva qui a commencé à étudier à l’âge de quarante ans, Rabban Yo’hanan a fait du commerce jusqu’à quarante ans. Il a ensuite étudié quarante ans auprès de ses maîtres avant d’enseigner à son tour et de diriger le peuple juif pendant les quarante dernières années de sa vie (Talmud Rocha Hachana 31b).
Alors que l’on connaît les détails du choix de Rabbi Akiva, le Talmud ne précise pas les circonstances qui ont fait choisir à Rabban Yo’hanan cette voie à un âge si avancé.
La présence divine et le soleil
Un dernier texte du Talmud nous donne un aperçu de sa grandeur:
«Nos maîtres ont enseigné: Hillel avait quatre-vingt disciples (il en avait bien plus, mais on parle ici des plus connus, qui ont laissé leur nom dans l’histoire, ndlr.)
Trente parmi eux méritaient que la présence divine (che’hina), réside sur eux, comme elle résidait sur Moïse. C’était bien évidemment le cas de Hillel aussi (cf. Sanhédrin 11a), mais pour lui comme pour eux, cela n’a pu se réaliser de façon effective car leurs contemporains ne le méritaient pas (cf. Maharcha Baba batra 130b.)
(On retrouve le développement de cette idée dans les huit chapitres de Maïmonide (fin du chapitre 7). Ce dernier explique que cette manifestation de la che’hina signifiait qu à l’instar des prophètes, ces trente sages avaient atteint la perfection (chlémout) dans les domaines de la connaissance et du perfectionnement du caractère: leur matérialité ne faisait plus écran entre eux et la présence divine).
Trente parmi eux méritaient que le soleil ne se couche pas, comme sur fut le cas pour Josué (Josué 10-12-13).
Les vingt autres ne méritaient aucun de ces deux signes de sainteté.
Le plus grand parmi eux était Yonatan ben Ouziel et le plus petit était Rabban Yo’hanan ben Zaccaï.
(Le Talmud de Jérusalem (Nédarim 5-10) explique que le terme ‘petit’ signifie ici ‘humble’; et il est un fait que Rabban Yo’hanan était d’une extrême humilité, et se faisait «tout petit»…
Il était aussi parmi les plus jeunes élèves de Hillel)
Il est dit au sujet de Rabban Yo’hanan qu’il maîtrisait l’Ecriture, la Michna, la Guemara, les lois transmises directement de Moïse au mont Sinaï, les Agadoth, toutes les interprétations concernant chaque lettre de la Thora, l’ensemble des Takanoth (décisions) prises par nos maîtres, la science du calendrier, les Guématriot (calculs numériques de chaque mot de la Thora), le langage des anges, celui des démons, celui des arbres, les fables et les secrets du trône céleste, dévoilé à Ezekiel (maassé merkava), ainsi que toute la science de Abbayé et Rava.» (Talmud Baba Batra 134)
On le voit, Rabban Yo’hanan occupe une place toute particulière au sein des maîtres en Thora, dont il fut, d’après Maïmonide, le trente-troisième à la recevoir intégralement.
Par ailleurs, le terme recevoir (kibel) n’est pas utilisé dans ‘les maximes des Pères’ depuis Hillel, même pour son petit-fils, Rabban Gamliel. Or, ce même terme est repris dans notre michna pour Rabban Yo’hanan.
En fait, Rabban Yo’hanan fut le disciple de Hillel mais également celui de Chamaï.
Ce terme désigne une réception intégrale de la Thora (cf. Maharal Dere’h Haïm ibid.).
Cette connaissance parfaite de la Thora, qui en faisait le maître de milliers d’élèves, ajoutée au rôle de dirigeant du peuple juif, à une période critique, fait de Rabban Yo’hanan un personnage d’une stature immense…
Chabbath Chalom
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