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Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen
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Parachat Chemoth
16, 17 janvier 2004 – 22, 23 téveth 5764
A Jérusalem A Paris
Allumage des bougies : 16 h 23 Allumage des bougies : 17 h 04
Sortie de Chabbath : 17 h 38 Sortie de Chabbath : 18 h 13
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le dvar
Thora de cette semaine.
Cette semaine, nous poursuivons notre cycle
de réflexion sur les Pirké Avoth, « Maximes
des pères ».
Cette semaine, le dvar Thora est consacré
à la mémoire de :
- Itzhak MARCIANO ben Icha zal : 26 téveth (20 janvier)
- Mordekhaï MARCIANO ben David zal : 26 téveth (20 janvier)
Et pour la Hatslaha :
- du mariage de Margalit (maguy) ELALOUF et Israël (guy) DREYFUS
et
- du mariage de Nehama Dina ASSARAF et Lévi Itzhak ASSERAF
- du bar mitsva Itzhak Samuel Eliezer ben Yossef BERREBI et
- du bar mitsva Elie Dan ben Jacob SOUDRY
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom
Rav Chalom Bettan
Parachat Chemoth
16, 17 janvier 2004 – 22, 23 téveth 5764
Vers la plénitude
Dans le deuxième volet de notre étude
sur la Michna 3, nous allons découvrir le sens de la maxime
d’Antigonos de Soho, qui résume la nature de la relation
que l’homme doit développer avec le Créateur.
Les différentes interprétations que nous allons citer
sont en réalité les différentes marches qui
mènent à la plénitude (chlémouth)…
« Antigonos de Soho reçut
la Thora de Simon le Juste. Il disait : ‘Ne soyez pas comme
des serviteurs qui servent leur maître afin de recevoir un
salaire. Soyez comme des serviteurs qui servent leur maître
sans attendre aucune rémunération, et soyez pénétrés
de la crainte de D.ieu.’ »
(Chapitre 1, Michna 3)
Comment Antigonos peut-il exhorter l’homme
à servir son Créateur sans aucun espoir de rémunération,
alors que la Thora elle-même précise à maintes
reprises (notamment Exode 20-12 ; Deutéronome 4-40) que l’accomplissement
de la volonté divine et des commandements (mitsvoth), fera
jouir l’homme de tous les bienfaits et de la bénédiction
de D.ieu ?
C’est la question de l’auteur du Sefer
Haaqueda et d’Abrabanel rapportée par l’auteur
du Midrach Chmouel.
Comment demander à l’homme de ne pas
tenir compte des enseignements de la Thora ?
C’est Rachi qui va nous donner une première
réponse, dans son commentaire sur cette Michna :
« Ne dis pas que tu accomplis les commandements
de D.ieu pour mériter qu’Il subvienne à tous
tes besoins dans le monde ici-bas.
Mais efforce-toi de Le servir par amour et crainte
car la récompense divine pour les mitsvoth n’est pas
accordée dans ce monde mais dans le monde futur, comme nos
maîtres nous l’ont enseigné » (Rachi ibid.)
Récompense immédiate
D’après Rachi, il est clair que ce
qu’Antigonos a voulu éviter, c’est l’espoir
d’une rémunération immédiate dans le
monde ici-bas.
Il est important de préciser que c’est
seulement de la vraie récompense, dont parle Rachi, que l’homme
recevra uniquement dans le monde futur.
Car la bénédiction divine promise,
dans la paracha Ki-Tavo notamment, au peuple juif s’il accomplit
Sa volonté, n’est pas une récompense, mais une
aide qui permet à celui qui suit les lois de la Thora de
bénéficier des facilités matérielles
nécessaires.
Cependant, il existe des mitsvoth, citées
dans la Michna Péa dont l’homme touche les intérêts
dans ce monde-ci et dont le capital intégral lui est réservé
pour le monde à venir (1-1 : la piété filiale,
la charité, la fréquentation empressée des
maisons d’étude matin et soir, l’hospitalité,
les visites aux malades, la dotation des fiancées, les devoirs
envers les morts, la prière fervente et le rétablissement
de la paix entre les hommes).
Attendre la bénédiction divine et
la prospérité matérielle comporte un danger
: celui de remettre en question tout son investissement et ses efforts
dans le cas où l’on ne reçoit pas ce que l’on
attendait. Car parfois, pour des raisons que Seul D.ieu connaît,
certains facteurs empêcheront l’homme de jouir de cette
aide divine en ce monde.
En revanche, celui qui accomplit les mitsvoth dans
le seul espoir de cumuler des mérites et un salaire dans
le monde futur agirait, selon Rachi, d’une façon juste
et louable.
Les Tossafistes (Pessa’him 8b et Roch Hachana
y) ont une approche légèrement différente :
pour eux, attendre une récompense immédiate est également
permis, mais cela ne doit pas être une condition sine
qua non pour accomplir les commandements.
Pour être clair, on ne peut pas passer un « deal
» avec D.ieu : ‘Si je fais cette mitsva,
accorde-moi cette chose que je désire’. Mais on peut
avoir l’espoir de recevoir la rémunération divine
en rétribution de ses bonnes actions.
Un texte dans le Talmud va d’ailleurs dans
le sens des Tossafistes :
« La braïta (paroles des Tanaïms )
dit : ‘Celui qui promet un don pour les pauvres (tsedaka)
en précisant que c’est pour la guérison de son
fils ou pour qu’il mérite le monde futur (olam Haba)
est un juste authentique (tsadik gamour)’ » (Talmud
Pessa’him 8a).
On pourrait penser que cet avis du Talmud va contre
celui d’Antigonos, qui prône un service divin désintéressé.
Mettre D.ieu à l’épreuve
Selon les Tossafistes, il n’y a pas de contradiction,
car dans le cas du Talmud, il s’agit seulement d’un
souhait émis par le père, et non d’une condition
qui, si elle n’était pas réalisée, ferait
regretter la bonne action.
Cet espoir n’entre pas dans le cadre de ce
que réprouve Antigonos.
Cependant, selon Rachi, le fait même d’espérer
une rémunération dans notre monde est déconseillé,
car comportant le risque d’une déception, et donc d’un
regret subtil et parfois même non formulé, d’avoir
accompli la parole de D.ieu.
L’auteur du Midrach Chmouel propose deux
explications pour résoudre l’apparente contradiction
entre l’opinion de Rachi et la braïta citée dans
le Talmud.
La première tient à la nature particulière
de la mitsva du don aux pauvres (tsedaka).
En effet, la Thora permet à l’homme
de mettre D.ieu « à l’épreuve »
dans le cas de la tsedaka, car dans ce cas, aucun facteur ne pourra
empêcher la bénédiction divine de se manifester.
C’est ce que le prophète Malachie
exprime dans ses mots :
« Apportez toutes
les dîmes dans le lieu du dépôt, pour qu’il
y ait des provisions dans Ma maison et attendez-Moi, à cette
épreuve, dit l’Eternel Cébaoth : vous verrez
si Je n’ouvre pas en votre faveur les cataractes du Ciel,
et si Je ne répands pas sur vous la bénédiction
au-delà de toute mesure » (Malachie 3 ; 10).
C’est le Talmud (Taanit 9a) qui précise
la différence entre la tsedaka et les autres mitsvoth : pour
tous les commandements, il est interdit de mettre D.ieu à
l’épreuve (Deutéronome 6 ; 16). Ce n’est
pas le cas pour le don aux pauvres.
La maxime d’Antigonos ne s’applique
donc pas au cas particulier de la mitsva de tsedaka.
La deuxième explication tient au terme tsadik
(juste), choisi par la braïta . Le tsadik, par définition,
est celui qui s’acquitte de son devoir envers D.ieu.
Les maximes de Pirké Avoth, pour leur part,
incitent l’homme à adopter l’attitude du ‘hassid,
celui qui cherche à se surpasser dans son attachement à
D.ieu.
Et le ‘hassid
ne demandera pas à D.ieu qu’Il exauce ses souhaits
en contrepartie de l’accomplissement d’une mitsva,
même si cette attitude est permise.
Nous allons découvrir que de très
nombreux commentateurs, comme Maïmonide ou Rabbénou
Yona, trouvent dans les mots d’Antigonos une exigence beaucoup
plus élevée.
Par pur amour
Nous citerons ici les paroles de Maïmonide
dans Yad Hahazaka (hilhoth techouva) :
« L’homme ne doit pas dire :
‘Je vais accomplir les mitsvoth de la Thora
et m’investir dans l’étude pour pouvoir jouir
de toutes les bénédictions divines qui sont annoncées
dans l’Ecriture, et pour mériter le monde futur (olam Haba).
Je vais respecter les interdits de la Thora pour
être épargné des malédictions et pour
ne pas risquer d’être retranché (karet) du monde
futur.’
Il ne convient pas de servir Son Créateur
dans cet esprit seulement.
Celui qui agit dans ce sens le fait par crainte
et n’atteindra pas le niveau des prophètes et des sages.
Car cette approche convient seulement à
ceux que l’on éduque à servir D.ieu par crainte
dans l’espoir de les voir évoluer et élever
leur niveau de sagesse pour servir D.ieu par pur amour. (…)
Quelle est l’expression du véritable
amour qu’il faut faire naître envers son Créateur
?
Il faut développer en soi un amour d’une
telle intensité que son âme soit éprise de l’amour
de D.ieu et qu’elle médite cela à chaque instant.
Tout comme celui qui est épris d’une
femme au point que son esprit et ses pensées sont focalisés
en permanence sur cet amour, lorsqu’il se repose ou lorsqu’il
est levé, ou même lorsqu’il prend son repas.
Et l’amour de D.ieu doit dépasser
cela, comme la Thora nous le demande.
« Tu aimeras l’Eternel
ton D.ieu de tout ton cœur et de toute ton âme
» (Deutéronome 6 ; 6)
C’est ce que le Roi Salomon a exprimé
de façon allégorique dans le Cantique des Cantiques
:
« Que je suis malade
d’amour ! » (5 ; 8).
Tout le cantique de Chir Hachirim est une allégorie
pour exprimer la forme d’amour que l’on est en devoir
de développer envers D.ieu. (…)
C’est ce que les plus grands de nos maîtres
ont enseigné à leurs élèves vertueux
et sages :
‘ Ne soyez pas comme
des serviteurs qui servent leur Maître afin de recevoir un
salaire.’ (Avoth 1 ; 3)
Le fait même qu’Il soit notre Maître
est une raison suffisante pour Le servir, il est donc sous-entendu
qu’il faut agir seulement par amour (…)
Il est clair et évident que l’amour
envers D.ieu ne peut se développer dans le cœur de l’homme
que s’il investit sa pensée de façon permanente.
Et c’est la Connaissance
qui amènera l’amour » (10 ; 1-6. Cf. également
Nahmanide Lévitique 18 ; 4)
La semaine prochaine, nous essayerons
d’élargir le sujet en citant les avis et conseils de
nos maîtres pour que cette maxime puisse devenir concrète,
et entrer dans nos vies.
Chabbath Chalom
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