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Parachat Tetsavé (parachat Zahor)
5, 6 mars 2004 – 12, 13 adar 5764
A Jérusalem A Paris
Allumage des bougies : 17 h 05 Allumage des bougies : 18 h 22
Sortie de Chabbath : 18 h 17 Sortie de Chabbath : 19 h 27
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le dvar
Thora de cette semaine.
Cette semaine, nous poursuivons notre cycle
de réflexion sur les Pirké Avoth, « Maximes
des pères ».
Cette semaine, le Dvar Thora est consacré
à la mémoire de :
Haïm André ELBAZ zal ben Léa
tihyé : 16 adar (9 mars)
Itshak PORTUGAIS zal ben Myriam : 19 adar (12
mars)
Samuel ben Yéhouda BENSADOUN : 20 adar
(13 mars)
Pour tous nos amis de Paris et banlieue, n'oubliez
pas que nous intronisons un SEPHER THORA à la mémoire
d' ELIAHOU & SUZANNE HAYOUN
le JEUDI 18 MARS 2004 à 20.30 – SALONS HOCHE –
9, av Hoche à Paris.
RESERVATIONS : 06.07.42.16.04
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom
et Pourim Saméah.
Rav Chalom Bettan
Parachat Tetsavé (parachat Zahor)
5, 6 mars 2004 – 12, 13 adar 5764
Un maître, un ami
Par Rav Eliahou Elkaïm
La dualité et la complémentarité
sont des valeurs essentielles du judaïsme. Et c’est à
deux que l’on peut comprendre la parole de Celui qui est Un.
« José ben Perahia et Nitaï
d’Arbèle reçurent d’eux la tradition.
José ben Perahia disait : ‘Fais-toi un maître,
acquiers un compagnon et juge tout homme favorablement’»
(Chapitre 1, Michna 6)
La première partie de cette maxime est interprétée
par Rachi.
Selon lui, ‘Fais-toi un maître’
s’adresse à l’étudiant qui s’engage
dans l’étude des textes sacrés. On le met en
garde contre un danger éventuel : tenter de comprendre la
parole divine en se fiant à sa propre logique et à
son intuition.
Que ce soit pour la transmission des connaissances,
ou pour la formation de l’esprit au raisonnement talmudique,
on se doit de trouver un maître.
Même le plus brillant des hommes ne peut
se permettre d’être autodidacte pour l’étude
de la Thora.
Pour leur part, Maïmonide et Rabbénou
Yona discernent dans cette phrase un sens plus large.
Le terme utilisé par José ben Pera’hia
est ‘assé
le’ha rav’, littéralement ‘fabrique-toi
un maître’.
Pourquoi ne pas avoir plus simplement dit : ‘Cherche-toi
un maître’ ?
Maïmonide donne à ce terme une explication particulièrement
intéressante.
Selon lui, l’auteur de la Michna considère
qu’avoir un maître est d’une importance capitale.
En effet, dans le cas où un homme aurait
atteint un niveau de sagesse telle qu’aucun de ses contemporains
ne l’égale, il doit malgré tout se choisir un
maître, même inférieur à lui.
‘Assé leha rav’ signifie donc,
à la lumière de cet enseignement, se fabriquer, même
artificiellement, un maître !
Comment comprendre ce conseil, qui peut paraître
excessif ? Et quel est l’intérêt d’une
telle démarche ?
L’auteur de la Michna nous dévoile
ici un concept pédagogique nouveau.
Perspectives nouvelles
Recevoir un enseignement de quelqu’un, même
si son niveau est égal ou inférieur au mien, développe
une certaine perception de la sagesse, et permet d’accéder
à de nouvelles perspectives, qu’une étude individuelle
n’atteindrait pas.
Rabbénou Yona ajoute : « L’homme
se souvient mieux de ce qu’il a apprit avec un maître
que de ce qu’il a apprit seul. En outre, il est toujours possible
que sur certains sujets, la compréhension du maître
dépasse la sienne, même si le niveau général
de ce dernier est inférieur à celui de l’élève.
Pour sa part, le Gaon de Vilna cite un texte de
la Mé’hilta en référence à notre
Michna.
La Mé’hilta commente le verset :
« Parlez (Moïse
et Aaron) à toute la communauté d’Israël
en ces termes » (Exode 12 ; 3)
« Moïse, par déférence
pour Aaron, lui disait : ‘Sois un maître et enseigne-moi
la parole sacrée.
Aaron, par déférence pour Moïse,
lui disait : ‘Toi, sois un maître et enseigne-moi.’
Et la parole sortait de la bouche des deux à
la fois. » (Mé’hilta ibid.)
On le sait, Moïse possédait un niveau
de prophétie jamais atteint par aucun homme, même par
son frère Aaron.
Cet épisode montre donc qu’il est
nécessaire de se faire un maître, même s’il
est inférieur au niveau de l’élève.
Qui est sage ?
Dans ce texte de la Méhilta, une deuxième
idée est également exprimée.
C’est par respect, et surtout par humilité
que chacun des deux frères cherchait à être
le récepteur de la connaissance de l’autre.
Mais au-delà du respect et de la politesse,
l’approche de Moïse et d’Aaron prouve leur conscience
du caractère faillible de l’esprit humain.
Nous citerons à ce sujet les mots du Ramhal
dans ‘Le sentier de rectitude’ (chapitre 23) :
« Plus que sur toute autre chose, l’homme
doit méditer sur la fragilité de l’esprit humain,
qui l’entraîne à commettre de nombreuses erreurs
d’appréciation et qui l’éloigne de la
connaissance véritable.
C’est pourquoi il faut toujours avoir conscience
de ce danger, chercher à prendre conseil et apprendre de
chacun, pour éviter de se tromper.
C’est ce que nos maîtres expriment
en disant :
‘Qui est sage ? Celui
qui apprend de chacun’ (Avoth 4 ; 1) »
C’est exactement ce que nous avons appris
de Moïse et Aaron.
La deuxième partie de cette maxime (‘Acquiers
un compagnon’), apporte un nouvel élément qui
complète cette nécessité d’apprendre
des autres.
Encore une fois, Maïmonide met l’accent
sur les termes employés.
‘Kené
le’ha ‘haver’ se traduit littéralement
par ‘achète-toi un camarade’. Comment comprendre
ces mots, qui là aussi, paraissent exagérés.
Précisons d’abord le champ de cette
recherche. Rabbénou Yona et établit qu’elle
concerne trois domaines fondamentaux de la vie.
Le premier domaine est celui de l’étude
: c’est seulement à deux que les esprits s’aiguisent
et se développent, que la perception de la sagesse devient
réelle.
Le deuxième domaine est l’accomplissement
des commandements et de la volonté divine : quelque soit
le niveau spirituel d’une personne, elle discernera toujours
les faiblesses de son ami, ne ressentant pas les mêmes tentations
que lui.
Si leur amitié est sincère, ils auront
ainsi la possibilité de corriger leurs erreurs respectives
en s’écoutant l’un l’autre.
Le troisième domaine est celui du conseil
pour toutes les choses de la vie : seul un véritable ami
peut véritablement conseiller, devenant ainsi un authentique
confident.
Mais pour créer cette amitié, il
faut être prêt à payer le prix, qui n’est
pas monnayable, mais qui est celui d’accepter qu’il
existe des différences entre les êtres, entre leurs
conceptions respectives des événements.
Et c’est seulement en acceptant une critique,
ou une remarque de l’autre, sans en être blessé,
que l’on pourra créer une véritable amitié.
L’auteur de notre Michna ne laisse aucun
doute à ce sujet : c’est de cette façon qu’il
faut acheter un ami.
Conditionné
On le voit, la maxime de Josué ben Pera’hia
dépasse le cadre de l’étude, ce qui est également
vrai pour la première partie, ‘fais-toi un maître’.
Dans tous les domaines, à chaque moment,
l’homme est confronté à des situations où
il doit prendre des décisions importantes, parfois cruciales.
Et on le sait, l’homme est conditionné
par d’innombrables éléments, conscients ou non,
qui influent sur son jugement.
De ce fait, il peut très souvent se tromper,
faire des erreurs, car son jugement est faussé.
Le conseil du Tana (l’auteur de la Michna)
permet d’éviter cet écueil en nous incitant
à demander l’avis d’un maître, plus objectif,
plus impartial.
Le Rav Yaakov Kaminetski (‘Emeth leyaakov’
ibid.) fait à ce sujet une remarque percutante.
D’après la tradition, c’est
l’un des élèves de Josué ben Perahia
qui fut à l’origine du christianisme.
Et son maître savait que l’erreur venait
du fait que cet élève avait mal appréhendé
cette vérité : il faut se référer à
un maître et se soumettre à son autorité.
Dès lors, il était presque inévitable
de mal comprendre le message divin et d’en déformer
le contenu jusqu’à créer une nouvelle religion.
Nous découvrirons, dans
le Dvar Thora de la semaine prochaine, que c’est seulement
en appliquant la troisième partie de notre maxime, (‘juge
tout homme favorablement’) que l’homme pourra véritablement
se faire un maître, et un ami.
Car sans cette vision positive
du monde, son sens critique l’empêchera toujours de
se fier à l’Autre.
Chabbath Chalom et Pourim Saméah.
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