|
Au nom du saint et vénéré
Rabbi Haïm Cohen zt’l
1, Rehov Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643
07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11
Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Chabbath Parachat Veeth’hanan
30, 31 juillet juin 2004 – 12, 13 av 5764
Jérusalem : Paris
Allumage des bougies : 19 h 02 Allumage des bougies : 21 h 13
Sortie de Chabbath : 20 h 16 Sortie de Chabbath : 22 h 29
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le dvar Thora de
cette semaine.
Cette semaine, nous poursuivons notre cycle de réflexion
sur les Pirké Avoth,
« Maximes des pères ».
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan
Chabbath Parachat Veeth’hanan
30, 31 juillet juin 2004 – 12, 13 av 5764
Savoir mettre les priorités
Par Rav Eliahou Elkaïm
En quelques mots, clairs et percutants,
Hillel nous révèle des axiomes de vie, qui vont nous
permettre de découvrir où investir nos efforts…
Hillel disait aussi : ‘Si je ne suis
pas pour moi, qui le sera ? Et si je suis pour moi, qui suis-je
? Et si ce n’est maintenant, que sera-ce ? »’
(Chapitre I, Michna 13)
Dans son style très concis, cet aphorisme de Hillel est sans
doute l’un des plus célèbres.
Trois approches de nos maîtres vont nous
permettre de comprendre plus profondément cette maxime.
La première est celle de Rabbénou
Ovadia, approfondie par le Rachbats. Elle met en lumière
la version selon laquelle Hillel enjoint l’homme à
ne compter que sur lui-même et sur ses propres mérites
s’il veut jouir d’une part dans le monde futur.
Il doit acquérir cette part par ses propres
efforts et nul autre que lui-même ne pourra en être
l’origine. Même si dans le monde ici-bas, on peut parfois
recevoir des avantages par le travail des autres, dans l’au-delà,
appelé le monde de la vérité, seuls nos propres
mérites nous seront attribués.
La seconde partie doit se comprendre, selon cette
interprétation, comme suit : celui qui s’investit dans
l’étude de la Thora et l’accomplissement des
commandements divins doit toujours garder à l’esprit
que, quoiqu’il fasse, il sera toujours en-deça de ce
que D.ieu peut attendre véritablement de lui. Loin d’être
pessimiste, cette vision des choses est au contraire un moteur qui
permet à l’homme de faire toujours plus, et surtout
toujours mieux.
Il conclut par une troisième et dernière
vérité : chaque instant de la vie doit être
utilisé pour faire la volonté de D.ieu, car si l’enjeu
est le monde futur, il n’y a que dans notre monde ici-bas
que l’on a la possibilité d’acquérir des
mérites.
Rabbénou Yona, Rabbénou Yts’hak,
ainsi que le Ram’hal dans le Sentier de rectitude (fin du
chapitre 2) nous offrent une autre interprétation, chacun
dans son style particulier.
Echapper à l’engrenage
Par nature, l’être humain a besoin
de raviver en lui ses sentiments à l’égard de
D.ieu et de la Thora, et cela de façon régulière.
C’est seulement ainsi qu’il pourra
lutter contre les attaques ininterrompues du mauvais penchant (yetser
hara).
Tous les messages extérieurs qui lui seront
adressés dans le but d’éveiller son âme
ne pourront avoir d’effet qu’à court terme.
Mais à long terme, seul celui qui se sera
habitué à trouver en lui des pistes de réflexion
et qui sera coutumier d’une méditation sincère,
pourra espérer résister, surmonter les épreuves,
en évoluant dans son travail personnel.
Le Ram’hal voit dans cette maxime la clef
de toute évolution morale : sans méditation et réflexion
personnelle, systématique et régulière, on
ne peut gravir les échelons du service divin.
Car l’un des stratagèmes les plus
courants, et les plus efficaces du mauvais penchant, consiste à
rendre omniprésentes les obligations professionnelles et
familiales, au point où l’homme ne bénéficie
d’aucun moment propice à la réflexion, aucun
moment où il puisse réfléchir sur son avenir
et ses devoirs véritables.
Seule la médiation lui permettra d’échapper
à cet engrenage, et c’est le seul moyen dont l’homme
dispose pour accomplir sa mission réelle sur terre.
C’est la raison pour laquelle l’étude
de l’éthique (Moussar) est si primordiale.
Le Ram’hal explique que nous ne pouvons espérer
vaincre nos mauvaises tendances sans l’aide de D.ieu, selon
le principe fondamental qui existe depuis la création du
monde, exprimé dans les Psaumes (37 ; 32) :
« Le méchant (allusion au
mauvais penchant, yetser hara) fait le guet pour perdre le juste,
il cherche à lui donner la mort, l’Eternel ne l’abandonne
pas entre ses mains ».
Et le Ram’hal de poursuivre en expliquant
que D.ieu ne peut accorder Son aide uniquement si l’homme
fait pas le premier pas. Et ce premier pas c’est cette prise
de conscience et ces efforts personnels.
Lorsque l’homme a montré sa volonté,
a fait le premier pas, notamment par cette dynamique de réflexion
personnelle, par cet effort pour voir clair, D.ieu accordera alors
Son aide, indispensable pour lutter efficacement contre le mauvais
penchant.
En quelques mots incisifs, Hillel résume
cette vision globale de la vie, cette philosophie :
« Si je ne suis pas pour moi…
» : « Si je ne suis pas disponible pour moi-même
afin d’éveiller ma conscience à des temps réguliers…
»
« Qui le sera ? » :
«D.ieu Lui-même ne viendra pas à mon secours
pour surmonter mon yetser hara ! »
L’harmonie et rien d’autre
Rabbénou Yona poursuit en interprétant
la suite de la maxime dans le sens suivant :
Lorsque l’homme parvient à mettre
en marche cette introspection, il doit être conscient que
ses moyens pour lutter contre le mauvais penchant sont limités,
quand on connaît la puissance de ce dernier.
Mais cette constatation ne doit en rien le freiner
ou le décourager, mais au contraire le motiver à agir,
le décider à trouver les véritables moyens
pour atteindre l’harmonie.
Sans cette action, il ne pourra espérer
le salut.
La fin de cette maxime vient mettre en garde l’homme
contre l’idée fausse qu’il faut d’abord
investir dans le concret et les ambitions matérielles, avant
de se consacrer à un travail sur soi.
Pourquoi cette vision est dangereuse ? Parce que
les jours pendant lesquels l’homme a négligé
ses devoirs envers D.ieu sont des jours perdus, qui ne reviendront
plus.
Dans son commentaire sur cette Michna, le Sforno
suit l’interprétation de Rabbénou Ovadia, à
quelques nuances près.
Il suit la même idée, en ajoutant
l’une de ses applications : il souligne la différence
fondamentale entre les valeurs matérielles, qui peuvent être
acquises grâce à des intermédiaires (chalia’h),
et les valeur spirituelles, qui exigent un travail personnel.
« Quand je suis pour moi »
(qui signifie : « quand j’étudie la Thora et
accomplis les commandements ») doit être accompagné
d’une volonté et d’une action pour aider les
autres à eux aussi s’élever.
Si l’on n’agit pas pour que le Nom
divin soit sanctifié sur toute la terre, on n’a pas
accomplit véritablement sa mission.
Rester soi-même
En outre, les mots de Hillel contiennent un aspect
supplémentaire, plus caché.
Chaque être humain est particulier, et possède
une singularité qu’il doit découvrir et utiliser
pour gravir les échelons spirituel.
Ce ‘je’ (ani) n’existe
qu’en lui, et c’est avec ce ‘je’ qu’il
doit agir pour accomplir son travail spécifique.
Hormis en ce qui concerne la loi (hala’ha)
et sa pratique, qui ne doit pas être considérée
personnellement, il faut toujours chercher sa propre voix, ce en
quoi nous pouvons spécifiquement apporter aux autres et au
monde, observer les qualités que D.ieu nous a donné
et qui nous sont propres pour les utiliser dans les commandements.
Le but est de rester soi-même, à tout
prix, chacun avec son particularisme. C’est là le sens
de : « Si je ne suis pas pour moi ».
Nous conclurons par les mots de Rabbi ‘Haïm
de Volozhine (Roua’h ‘Haïm, ibid.).
Il voit dans les deux parties de cette maxime une
allusion aux deux domaines d’action de l’homme : le
matériel et le spirituel.
Dans l’étude de la Thora et dans les
domaines spirituels en général, l’effort et
l’investissement de l’homme sont prédominants,
et déterminent l’aide divine : selon son effort, D.ieu
lui permettra de comprendre les textes et leurs secrets, lui ouvrant
ou non l’esprit, et l’aidera à se rapprocher
de Lui.
Dans le domaine matériel, c’est l’inverse.
Le mauvais penchant (yetser hara) nous fait penser que nous devons
nous investir totalement dans nos affaires, que nos responsabilités
nous y engagent et que nous n’avons pas d’autres choix.
Le résultat, que nous déplorons, mais acceptons, est
qu’il ne nous reste plus aucun moment ni aucune sérénité
pour l’étude et l’introspection.
Mais ce n’est qu’une illusion crée
par le yetser hara. Car pour tout ce qui concerne le matériel,
les résultats ne sont pas liés directement, ni même
proportionnellement aux efforts que nous produisons.
N’avons-nous pas tous, à un moment
ou à un autre, senti que la réussite ou l’échec
d’une entreprise ne dépendait pas seulement de nos
compétences, mais de circonstances extérieures, ou
encore du bon vouloir d’un tiers ?
Le fait que nous soyons riches ou pauvres est décidé
avant notre naissance (Talmud Nidda 16b) de façon générale,
Et à chaque jugement de Roch Hachana, il est décidé
quels seront nos revenus au courant de l’année.
Hillel commence donc par définir le domaine
spirituel, celui de la Thora : ‘Si je ne suis pas
pour moi, qui le sera ?’, en expliquant que si ce
n’est mon effort et ma volonté, je ne pourrai obtenir
aucun résultat.
Et il poursuit par le matériel : ‘Et
si je suis pour moi, qui suis-je ?’, en montrant
que l’effort n’est pas primordial, mais seulement nécessaire
pour enclencher le processus de la bénédiction divine.
Par quelques mots percutants et concis,
Hillel a définit précisément la vision de
la vie transmise par nos Sages de génération en
génération, vision qui nous a permis de rester un
peuple éternel, bravant les dangers de l’exil et
les pérégrinations de l’histoire.
Chabbath Chalom
|