| Parachat
Vayétsé
5, 6 décembre 2003 – 10, 11 kislev 5764
A Jérusalem
Allumage des bougies : 16 h 00
Sortie de Chabbath : 17 h 14
A Paris
Allumage des bougies : 16 h 36
Sortie de Chabbath : 17 h 45
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le dvar
Thora de cette semaine.
Ayant constaté l’intérêt
grandissant pour nos publications hebdomadaires, et sur la demande
de nombreux d’entre vous, nous avons décidé
de poursuivre cette entreprise. Nous vous prions de transmettre
ce dvar Thora à votre entourage et de nous faire part de
vos remarques.
Cette semaine, nous poursuivons notre cycle
de réflexion sur les Pirké Avoth, « Maximes
des pères ».
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom
Rav Chalom Bettan
Parachat Vayétsé
Quelques mots essentiels
Par le Rav Eliahou Elkaïm
La Thora : élitiste ou populaire ? En quelques
mots, nos Maîtres nous dévoilent leur approche, toujours
aussi actuelle.
« Moïse reçut la Thora de Celui
qui lui est apparu au Mont Sinaï, il la transmit à Josué,
Josué aux Anciens, les Anciens aux Prophètes, et les
Prophètes la transmirent aux hommes de la Grande Assemblée.
Ceux-ci disaient trois choses : Soyez circonspects dans le jugement,
élevez de nombreux disciples et faites une haie autour de
la Thora. » (Chapitre 1, Michna 1)
« Elevez de nombreux
disciples » : cette deuxième maxime énoncée
par les membres de la Grande Assemblée, avec une concision
exceptionnelle, est d’une importance capitale quand à
la pérennité de la Thora et donc du peuple juif.
Ces trois mots (en hébreu : vehaamidou
talmidim harbé)
résument une approche très complète pour garantir
cette pérennité.
Mais quels sont les messages cachés entre
ces quelques mots ?
Rabbénou Ovadia (ibid.) propose deux interprétations
au terme harbé (nombreux).
Dans son commentaire Rabbénou Yona (l’un
des géants de l’époque des Richonim,
contemporain de Na’hmanide), rejoint la première interprétation.
Pour bien comprendre leur idée, citons d’abord
deux textes.
Le premier se trouve dans « Avoth derabbi
Nathan » :
« L’école de Chamaï disait
: ‘Il est conseillé d’enseigner la Thora seulement
à un élève intelligent, humble, d’illustre
ascendance, et qui jouit d’une tranquillité financière.’
L’école de Hillel n’avait pas
la même opinion : ‘Il faut enseigner la Thora à
tout homme qui le désire. Les résultats justifient
cette approche, puisque de nombreux fauteurs, pour s’être
approchés de l’étude de la Thora sont devenus
des justes, pieux et vertueux’ » (2 ; 9).
Une lumière extraordinaire
Le deuxième texte nous vient du Talmud :
« Le jour où Raban Gamliel a été
révoqué de sa position de maître, à cause
de sa rigidité excessive avec ses disciples, Rabbi, Eléazar
ben Azaria fut nommé à ce poste.
Sa première décision fut de permettre
à tous d’entrer dans le Beth
hamidrach, lieu d’étude, et de renvoyer le portier
qui contrôlait les entrées.
Jusque-là, les consignes de Raban Gamliel
étaient de ne laisser pénétrer que les élèves
dont l’intégrité totale était vérifiée
(« to’ho kebaro »).
D’après Aba Yossef, quatre cent nouveaux
bancs ont été ajoutés le jour même dans
le Beth hamidrach ; les ‘ha’hamim
affirmant pour leur part que ce sont sept cent bancs qui ont été
ajoutés ! (Talmud Bera’hot 28a).
A la lueur de ces deux textes, on discerne deux
approches très différentes quant à la sélection
des étudiants en Thora.
Mais comment comprendre l’approche de Beth
Chamaï ? L’enseignement de la Thora doit être réservé
à ceux qui sont bien nés ?
Le ‘Hida (Rabbi ‘Haïm Yossef David
Azoulay), dans son commentaire sur Pirké Avoth nous offre
un premier éclairage et nous explique la pensée du
maître.
Pour former de véritables érudits
en Thora et obtenir des résultats, il faut que l’élève
ait des capacités intellectuelles suffisantes, et qu’il
soit humble. S’il ne possède pas ces qualités,
il ne pourra pas atteindre un niveau dans l’étude.
S’il est orgueilleux, son savoir ne subsistera
pas.
Nos maîtres nous ont appris que ‘le
sage qui s’enorgueillit, sa sagesse le quittera’. Il
s’agit évidemment de la sagesse de la Thora, qui nécessite
une aide divine particulière.
Par ailleurs, il faut qu’il soit d’illustre
ascendance car le mérite de ses ancêtres et l’éducation
qu’il a reçue va faciliter sa perception de la parole
divine.
Il doit également jouir d’une aisance
financière, pour ne pas dépendre des autres et pouvoir
ainsi étudier en toute tranquillité.
Au plus grand nombre
L’école de Beth Hillel n’est
pas de cet avis, pensant que cette sélection risque de limiter
et donc diminuer la diffusion de la Thora au sein du peuple juif,
faisant ainsi baisser le niveau de toute la communauté.
Pour répondre aux réticences de Beth
Chamaï, Beth Hillel explique que la lumière extraordinaire
de la Thora peut élever l’homme le plus éloigné
de la sainteté, et le préserver des tentations.
Cette lumière illumine l’âme,
et ouvre le cœur et l’esprit.
Il faut donc accorder à tous des chances
égales. Il suffit de déceler chez les candidats une
réelle volonté d’étudier.
Le ‘Hida cite ensuite le Rachbats (Rabbi
Chimchon ben Tsema’h) qui fait l’analogie entre l’avis
de Beth Chamaï et l’approche de Raban Gamliel au sujet
du Beth hamidrach.
Toutefois, il précise que le Talmud établit
une règle claire en ce qui concerne un élève
dont la conduite et la réputation sont mauvaises :
« Celui qui enseigne la Thora à un
élève d’un bas niveau moral est comparé
à celui qui jette une pierre à l’idole Markolis
(c’est de cette façon que l’on montrait sa soumission
à cette statue), et il mérite le Géhenne
» (Talmud ‘Houlin 133a).
Et le ‘Hida de conclure que lorsque Beth
Hillel parle des fauteurs qui sont revenus dans le droit chemin
grâce à l’étude de la Thora, il s’agit
seulement de cas particuliers dans lesquels on a pu observer, dès
les premières tentatives, un changement positif dans leur
comportement.
Si l’on ne peut faire une telle constatation,
il faut, de l’avis de tous, les repousser.
Revenons à présent à l’interprétation
de Rabbénou Ovadia et de Rabbénou Yona.
Le terme nombreux (harbé),
employé par l’auteur de la Michna, souligne un fait
décisif :
La loi halacha
a été fixée selon les positions de Beth Hillel
et de Rabbi Eléazar ben Azaria.
C’est dans ce sens qu’il faut comprendre
le message des hommes de la Grande Assemblée qui exhortent
les maîtres d’Israël à transmettre leur
enseignement au plus grand nombre, seul moyen de garantir la pérennité
de la Thora.
Rabbénou Yona ajoute qu’il y a, quoiqu’il
en soit, un certain pourcentage qui atteint le niveau des grands
maîtres. Plus le nombre d’étudiants augmente,
plus on augmente les chances pour qu’un nombre suffisant de
Sages soit formé.
D’autant que l’on ne sait jamais à
l’avance qui se distinguera de la masse.
Le dernier souffle
Le Midrach Chmouel ajoute que la profusion d’étudiants
permet également des échanges profitables aux maîtres
et aux élèves.
La deuxième interprétation de Rabbénou
Ovadia rejoint celle du Gaon de Vilna qui voit dans le mot harbé,
un appel lancé aux maîtres, qui ont d’ores et
déjà formé de nombreux disciples et sont arrivés
à un âge avancé.
Ils n’ont pas le droit de se retirer et doivent
continuer à transmettre leur enseignement jusqu’à
leur dernier souffle (Talmud Yébamoth 62b).
Le terme harbé
se rapporte non seulement au nombre d’élèves
mais aussi à l’enseignement qui ne doit jamais s’interrompre.
Cela explique le choix du mot harbé,
plutôt que rabim
qui aurait été plus approprié si l’on
ne parlait que des élèves.
Le ‘hassid Rabbi Yossef Yaavetz, l’un
des grands maîtres expulsés d’Espagne, ajoute
une notion supplémentaire :
"Le choix du mot harbé
exprime que l’étude de la Thora ne peut être
limité à un nombre d’années déterminé."
Acquérir la science de la Thora exige de
ceux qui l’étudient un investissement illimité.
Seuls ceux qui y consacrent de longues années
de travail pourront véritablement l’acquérir.
Se tenir debout
Revenons quelque peu en arrière.
La Michna utilise véhaamidou
pour dire vous enseignerez. Or, la racine de ce mot est omed, ce
qui signifie debout. C’est pour cette raison que la traduction
française est : vous élèverez.
Mais par ce choix, la Michna fait également
allusion à des enseignements supplémentaires :
D’après le Tossafoth Yom tov, c’est
de la qualité de l’enseignement dont il est question.
Les Maîtres doivent chercher à former
des élèves jusqu’au stade où ils pourront,
par leur stature morale et leurs connaissances, « se tenir
debout », et devenir à leur tour de véritables
maîtres en Thora.
Il ne suffit donc pas de transmettre un enseignement
: il faut « former » des disciples.
Le Midrach Chmouel (contemporain du Ari
zal) décèle une autre intention dans le choix
de ce terme.
Pour lui, cet appel des membres de la Grande Assemblée
ne s’adresse pas seulement aux maîtres mais à
la communauté toute entière :
« Ceux qui le peuvent, doivent aider financièrement
ceux qui étudient la Thora. véhaamidou
doit être compris dans le sens d’un soutien qui permet
littéralement de se tenir debout.
Cet appel exhorte à
créer des associations telles que Yssa’har et Zevouloun,
deux frères dont l’un étudiait la Thora, soutenu
par l’autre qui assurait sa subsistance.
On le voit, les membres
de la Grande Assemblée, en trois mots, « Elevez de
nombreux disciples » on livré un message profond, traitant
plusieurs domaines de la vie : programme précis dont l’exécution
est vitale pour la conservation de la Thora au sein d’Israël.
Chabbath Chalom
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