| Parachat
Bô
30, 31 janvier 2004 – 7, 8 chevath 5764
A Jérusalem A Paris
Allumage des bougies : 16 h 36 Allumage des bougies : 17 h 25
Sortie de Chabbath : 17 h 49 Sortie de Chabbath : 18 h 33
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous
adresser le dvar Thora de cette semaine.
Merci pour l'excellent accueil
qui m'a été réservée par la très
sympathique communauté de Saint Brice sous forêt sous
l'autorité du Rabbin TOUITOU et du Président SITRUK
; Tous nos vœux de bonheur accompagnent les familles SITRUK
et HADDOUG pour la venue au monde de YOSHOUA SAMUEL nouveau membre
de la communauté juive de Saint Brice.
Cette semaine, nous poursuivons
notre cycle de réflexion sur les Pirké Avoth, «
Maximes des pères ».
Cette semaine, la Yéchiva
s’associe à la douleur de la famille SAMAMA en consacrant
le Dvar Thora à :
Eliahou Claude ben Diamente SAMAMA zal, décédé
samedi soir dernier
2 Chevath 5764 (24 janvier 2004).
Il laisse le souvenir d’un homme ayant un sens profond du
devoir, d’une grande loyauté, d’une intégrité
morale exemplaire, dévoué corps et âme à
sa famille et disponible à tout moment pour autrui. «
Tehé nafcho tseroua bitsror ha’haïm » Que
son âme soit liée au cercle de la vie.
Avec notre plus cordial
Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan
Parachat Bô
Pour l’humanité
Conclusion de notre étude sur la troisième
Michna, nous allons tenter de répondre à l’une
des questions existentielles le plus épineuses…
« Antignos de Soho reçut la Thora
de Simon le Juste. Il disait : ‘Ne soyez pas comme des serviteurs
qui servent leur maître afin de recevoir un salaire. Soyez
comme des serviteurs qui servent leur maître sans attendre
aucune rémunération, et soyez pénétrés
de la crainte de D.ieu.’ »
(Chapitre 1, Michna 3)
L’une des interprétations de Rabbi
‘Haïm de Volozhine sur cette Michna comporte des enseignements
d’une telle importance que nous le citons in extenso.
Rabbi ‘Haïm suit l’interprétation
de Rachi.
Ce dernier comprend le terme ‘prass’
(rémunération), utilisé par Antignos, comme
la bénédiction divine promise à ceux qui accompliront
les mitsvoth de la Thora.
Cette bénédiction qui a été
donnée par D.ieu à plusieurs endroits dans l’Ecriture,
notamment dans la paracha de Bé’houkotaï
et celle de Ki tavo, est destinée
aux hommes pour qu’ils puissent jouir du monde matériel
(olam hazé).
Nous avons déjà précisé
dans nos précédentes études qu’il ne
s’agit pas d’une rémunération pour l’accomplissement
des commandements, mais d’une conséquence naturelle
des actions des hommes.
En effet, en accomplissant la volonté divine,
les hommes suscitent une abondance (chéfa)
dans les sphères célestes qui se déverse sur
le monde.
Ainsi, ces derniers jouiront de la prospérité
et de la bénédiction divine, conditions favorables
pour accomplir mieux encore la volonté du Créateur.
Injustice apparente
D’après Rabbi ‘Haïm, Antigonos
s’adresse à ceux qui veulent exercer l’attribut
de bonté (guemilouth ‘hassadim)
sous sa forme la plus élevée.
Comme nous l’avons vu dans la deuxième
Michna, cet attribut de bonté est le troisième pilier
sur lequel repose le monde.
Pour bien comprendre la pensée d’Antigonos,
il nous faut tenter de répondre, au moins partiellement,
à l’une des questions existentielles les plus épineuses.
En effet, alors que D.ieu promet des bénédictions
matérielles à ceux qui accompliront Sa volonté,
comment comprendre que bien souvent, dans la réalité,
ceux qui sont attachés aux commandements divins sont confrontés
à de grandes difficultés financières, alors
que d’autres, qui ne se soucient guère d’un quelconque
rapprochement spirituel, jouissent pour leur part d’une confortable
prospérité ?
Cette observation fait évidemment partie
de toute la problématique de « tsadik
vera lo, racha vetov lo » : le juste souffre en ce
monde alors que le méchant vit paisiblement.
Cette question fut déjà soulevée
par Moïse à D.ieu Lui-même, et elle touche aux
secrets les plus subtils du plan divin.
Et le problème devient encore plus difficile
à comprendre quand il touche les domaines matériels.
En effet, c’est la Thora elle-même
qui promet à ceux qui accomplissent la volonté divine
qu’ils jouiront de la prospérité en ce monde.
Pour tenter de donner un élément
de réponse à cette apparente injustice, Rabbi Haïm
cite le Talmud (Berahot 17b)
:
« L’humanité toute entière
est nourrie par le mérite (bichvil)
de Mon fils Hanina (Rabbi Hanina ben Dossa). Et Hanina se suffit
de quelques caroubes pour sa subsistance toute une semaine durant.
»
Rabbi Haïm cite un commentateur célèbre,
le Chlah, qui interprète
le terme bichvil
dans le sens de sentier (chvil).
Selon cette interprétation, on comprend
que Rabbi Hanina est le canal par lequel l’abondance céleste
parvient à toute l’humanité, alors que lui-même
se suffit du minimum vital.
C’est que D.ieu, dans Sa bonté infinie,
veut que le monde reçoivent sa subsistance. Mais comment
y parvenir quand seuls de rares personnes agissent de façon
à créer le chéfa
(abondance) dans les sphères célestes ?
Le Talmud nous déovile le secret :
D.ieu utilise le chéfa
créé par les justes pour nourrir tous les autres.
Et cela au point de ne leur laisser que le minimum
qui leur permet de rester en vie.
Nous pouvons à présent comprendre
ce que le Talmud enseigne :
« Le juste jouira de la part du méchant
dans le monde futur ( ‘Hagiga
15a).
En effet, cette situation dans le monde futur est
une compensation du fait qu’en ce monde, le méchant
a profité et vécu sur le compte du juste en utilisant
le chéfa créé
par les actes de ce dernier.
De son côté, le juste, qui accepte
cette situation voulue par le Créateur, atteint le niveau
le plus élevé de guemilouth
‘hassadim (bonté).
Toutes les autres formes de bienfaisance ne peuvent
être comparées à cette bonté très
spéciale, qui surpasse tout.
Miracle
Deux textes du Talmud concernant Rabbi Hanina ben
Dossa prennent tout leur sens à la lumière de cette
interprétation.
Un premier texte se trouve dans le traité
de Taanit (25a) :
« L’épouse de Rabbi Hanina ben
Dossa avait l’habitude d’allumer son four à vide
chaque veille de Chabbath, car elle ne disposait que de quelques
caroubes et n’avait donc pas les moyens de faire du pain.
Mais elle était gênée de cette
situation, et voulait laisser croire à ses voisines qu’elle
disposait d’assez d’argent pour préparer les
haloth en l’honneur de
chabbath.
Une voisine mal intentionnée décida
de mettre les choses au clair. Elle savait qu’ils n’avaient
pas de farine pour fabriquer du pain, elle voulait donc savoir pourquoi
ils allumaient le four.
Elle vint frapper à leur porte au moment
où la fumée sortait déjà du four.
Par honte, l’épouse de Rabbi Hanina
se réfugia au grenier, et un miracle se produisit :
La voisine aperçut un four rempli de pain
et une pâte déjà prête sur la table !!
Elle appela : « Madame, venez vite sortir
vos pains du four, ils sont en train de brûler ! »
(…) L’épouse de Rabbi Hanina
demanda à son mari :
« - Jusqu’à quand allons-nous
souffrir ainsi ?
- Mais que faire ? lui répondit-il.
- Implore D.ieu pour qu’Il nous envoie notre subsistance.
»
C’est ce que fit Rabbi Hanina. Allant sur
le chemin, une main céleste lui présenta un pilier
de table en or.
Grâce à ce ‘trésor’,
ils auraient de quoi vivre. Il rentra chez lui et raconta ce miracle
à sa femme.
Une main céleste
La nuit même, elle fit un rêve où
elle vit des justes assis autour de tables en or ayant trois pieds,
alors que son mari et elle étaient attablés devant
une table à deux pieds seulement.
Lorsqu’elle lui raconta son rêve, Rabbi
Hanina lui demanda :
« - Es-tu prête à ce que la
table des justes soient entière alors que la nôtre
n’aura que deux pieds ?
- Non, lui répondit-elle. Prie donc pour que ce pied en or
soir repris par le Ciel. »
C’est en effet ce qu’il fit et il fut
exaucé. La même main céleste vint reprendre
son présent. »
Quel est le sens de cet épisode ?
En acceptant ce présent du Ciel, Rabbi Hanina
allait causer une diminution de l’abondance dont jouissait
l’humanité et qui existait grâce à son
seul mérite.
Et de fait, il perdait le niveau extraordinaire
de bonté qu’il avait atteint, et qui lui aurait fait
mériter d’être assis dans le monde futur à
une table à trois piliers d’or.
Le troisième pilier étant, on la
compris, celui de Guemilouth ’hassadim.
C’est ce que son épouse comprit et
c’est la raison pour laquelle elle le supplia de renoncer
à cette richesse qui leur aurait fait perdre leur niveau
spirituel.
Un deuxième texte dans Bera’hot (17b)
se rapporte également à Rabbi Hanina ben Dossa et
il cite un verset du prophète qu’il interprète
comme faisant allusion au célèbre tana :
« Ecoutez-moi, hommes
de cœur puissant (abirei
lev), si éloignés du
don aux pauvres (tsedaka) ?
» (Isaïe 46 ; 12)
Comment le Talmud peut-il dire que Rabbi Hanina
est éloigné de la tsedaka
?
C’est que Rabbi Hanina avait atteint un tel
niveau, qu’il avait choisi de nourrir l’humanité
toute entière, renonçant à accomplir la tsedaka
la plus naturelle, celle qui consiste à nourrir ses propres
enfants (Talmud Ketoubot 50a).
Cette forme de guemilouth ‘hessed dépassant
toutes les autres, il est prêt à renoncer à
la possibilité de faire lui-même la tsedaka.
Il n’en a pas les moyens, alors que c’est
lui qui est à l’origine de toute l’abondance
en ce monde !
Occasion unique
C’est, selon Rabbi ‘Haïm de Volozhine,
le sens du message d’Antigonos, qui demande à ceux
qui veulent atteindre le plus haut niveau de bonté :
« Soyez prêts à renoncer à
la bénédiction divine qui vous revient pourtant de
droit, et préférez en faire jouir l’humanité.
Vous atteindrez ainsi le plus haut niveau spirituel. »
En réalité, l’homme qui attend
la bénédiction divine dans l’intention de permettre
à D.ieu de manifester Sa bonté infinie en déversant
le chéfa sur le monde,
agit de façon tout à fait louable, car c’est
le but même de la création.
Et il existe un seul moyen de vérifier si
le mobile de ses actions est bien de permettre à D.ieu de
déverser Sa bonté sur notre terre ou si l’objectif
est de profiter de cette abondance pour soi-même : être
prêt à ce que cette bonté divine se manifeste
au profit d’autres que soi-même.
Pour illustrer cette notion, on raconte qu’un
jour, le Gaon de Vilna s’est vu proposer un étrog
d’une qualité rare, à condition que le mérite
de cette mitsva de Soucoth
revienne uniquement au propriétaire du étrog.
Loin d’être choqué
par une telle proposition, le Gaon de Vilna se réjouit de
cette possibilité qui lui était offerte d’accomplir,
occasion unique, la maxime d’Antignos à la perfection.
Grâce à Rabbi ‘Haïm
de Volozhine, nous pouvons désormais comprendre sous un angle
nouveau ce qui avait semblé contredire les mots mêmes
de la Thora.
En réalité, le juste
accepte en toute conscience de ne pas jouir des fruits de son mérite,
préférant que l’humanité en profite et
que D.ieu manifeste Sa bonté infinie en ce monde.
Chabbath Chalom
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