Parachat
Mikets
26, 27 décembre 2003 – 1, 2 Teveth 5764
A Jérusalem
Allumage des bougies : 16 h 07
Sortie de Chabbath : 17 h 22
A Paris
Allumage des bougies : 16 h 40
Sortie de Chabbath : 17 h 51
Très chers amis,
J’ai le plaisir de vous adresser le dvar
Thora de cette semaine.
Cette semaine, nous poursuivons notre cycle
de réflexion sur les Pirké Avoth, « Maximes
des pères ».
Le dvar thora de cette semaine est consacré
:
à la mémoire de Monsieur Raphaël
Malka zal ben Saada
à la réussite de Pinhas ben Samuel
et sa famille
Et à la bonne santé de Eliahou
ben Yossef et Diamente.
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom.
Rav Chalom Bettan
Parachat Mikets
26, 27 décembre 2003 – 1, 2 Teveth 5764
Créateurs d’abondance
Pour comprendre le sens des paroles de Simon le
Juste, il nous faut développer certains concepts concernant
la création du monde…
Simon le Juste était l’un des derniers
membres de la Grande Assemblée. Il disait : « Le monde
tient sur trois choses : l’étude de la Thora, le service
pour D.ieu, et la bienfaisance. » (Chapitre 1, Michna 2)
Nous continuons cette semaine l’interprétation
de cette Michna.
Dans son commentaire (Roua’h ‘Haïm
ibid.) et dans son ouvrage Nefech Ha’haïm (4 –
10 ; 11), Rabbi ‘Haïm de Volozhine nous éclaire
sur le sens de cette maxime.
Pour mieux comprendre son explication, une petite
introduction s’impose.
L’axiome fondamental de la création
et de l’existence de l’univers matériel dans
lequel nous vivons est le suivant :
La parole divine crée un rayonnement dans
les sphères célestes. Ce rayonnement est reconverti,
puis retransmis ensuite, étape par étape, à
travers d’autres sphères d’un niveau inférieur,
jusqu’à notre univers où il se matérialise.
C’est donc la parole divine qui crée et permet la vie
à chaque instant.
Dans son ouvrage, Rabbi Sim’ha Sissel Broïde
zatsal fait une remarque intéressante
: autrefois, les esprits cartésiens devaient avoir une foi
profonde dans les enseignements de nos maîtres pour accepter
le concept que nous venons d’expliquer.
Aujourd’hui, les découvertes de la
science moderne ont prouvé que ce que nous considérons
comme les différents éléments de la matière
ne sont en fait que le résultat de masses d’énergie
et seules des recherches très sophistiquées peuvent
en dévoiler la teneur et la nature.
Mais l’origine de cette énergie reste
encore inconnue.
Nous pouvons donc mieux comprendre ce que nos maîtres
nous dévoilent : c’est une véritable chaîne
qui relie la réalité que nous palpons à des
émanations de sphères supérieures (Sam Dére’h
volume 1, p. 309, note n°3).
Chacun son ange
Et c’est selon l’abondance (chéfa)
créée dans les sphères supérieures que
se forment la profusion et l’équilibre dans notre monde.
L’abondance dans notre univers dépend
donc de l’abondance qui vient des sphères célestes,
et cela concerne toutes les créatures.
C’est ainsi qu’il faut comprendre,
d’après Rabbi ‘Haïm de Volozhine, les mots
du Midrach :
« Il n’est pas un seul brin d’herbe
qui n’a pas dans les cieux un ange qui le frappe et lui enjoint
de pousser » (cf. Na’hmanide Genèse 1 ; 11 –
2 ; 8- 3 ; 22 et Dére’h Hachem du Ram’hal 1 ;
5)
Rabbi ‘Haïm de Volozhine précise
plus encore le processus :
Dans Nefech Hah’aïm, il cite le Midrach
(Michlé Rabba 9) qui interprète le verset suivant
: « La sagesse s’est bâti
une maison, elle en a sculpté les sept colonnes »
(Proverbes 9 ; 1).
Le Midrach explique qu’il s’agit de
la Thora qui a créé tous les univers.
Et Rabbi ‘Haïm de poursuivre : la Thora,
c’est la parole divine, et elle est à l’origine
de la création de notre univers.
Lorsque Simon le Juste affirme que la Thora est
le premier pilier du monde, il reprend l’idée développée
par le prophète Jérémie :
« Ainsi parle le Seigneur : ‘Si
ce n’était Mon alliance, le jour et la nuit, je n’aurai
pas créé les lois du ciel et de la terre’
» (Jérémie 33 ; 25).
D’après nos maîtres, dans ce
verset, ‘Mon alliance le jour et la nuit’ signifie la
Thora, faisant allusion à l’ordre de D.ieu à
Josué : « Tu la méditeras
jour et nuit » (Josué 1 ; 8)
Dans le Talmud (Pessa’him 68b et Nédarim
32a), Rabbi Eliezer déduit de ce même verset : «
Ne serait-ce l’étude de la Thora, le ciel et la terre
n’auraient pas eu d’existence. »
C’est la Thora qui est à l’origine
du monde.
La Thora, dans son état originel, transcende
toutes les sphères célestes, car elle est l’expression
même de la volonté du Créateur et a été
« le plan » de la création du monde.
Au moment de la révélation, pour
pouvoir être transmise à l’homme, elle a été
exprimée sous une forme accessible par l’esprit humain,
conservant cependant sa teneur sacrée.
Rayonnement lointain
C’est ainsi que l’on comprendra les
termes employés par nos maîtres pour définir
les deux premiers millénaires de la terre, appelés
Alpayim Tohu
(deux mille ans de néant).
Pendant cette longue période, c’est
seulement le rayonnement lointain de la Thora qui permit la vie
de l’univers. Du fait de cet éloignement, la vie sur
terre était précaire et c’est ce que nos maîtres
ont signifié en l’appelant Tohu.
C’est seulement avec la révélation
de la Thora aux hommes, que l’on passe à un autre stade
: l’effort intellectuel des hommes qui méditent et
approfondissent la parole divine, ainsi que les mots de Thora prononcés
sur terre créent une lumière qui engendre le chefa
(abondance) dans les sphères célestes.
C’est cette abondance qui, tel un «
carburant », va être retransmise à notre monde,
lui permettant d’exister et de fonctionner.
Rabbi ‘Haïm conclut en affirmant qu’il
est clairement sous-entendu dans les paroles du prophète
que si la voix de la Thora ne se faisait plus entendre un seul instant,
sur aucun point du globe, le monde reviendrait sans aucun doute
à son état initial de Tohu
vavohou.
On le voit, la Thora est le pilier qui a permis
la création du monde, et permet sa pérennité.
Et depuis sa transmission au peuple juif, c’est
son étude qui crée le « carburant » de
notre univers.
Nourrir l’humanité
Le deuxième pilier, celui du service divin
(avoda) joue un rôle différent
(cf. Dvar Thora année 5762 Parachat Vayikra).
C’est ce qu’explique Rabbi ‘Haïm
: Le service divin vient rattacher le monde matériel aux
sphères célestes, permettant ainsi à l’abondance
(chéfa) de nourrir l’humanité.
L’action du service divin au temple complète
l’étude de la Thora.
L’étude de la Thora agit directement
dans le monde de l’esprit alors que le service divin rattache
notre monde matériel au divin.
C’est la raison pour laquelle les offrandes
sont constituées de l’ensemble des éléments
qui forment notre univers.
Le monde inerte est représenté par
le sel ; le végétal par les farines, l’huile,
le vin et les encens ; le monde animal par les bêtes apportées
sur l’autel.
Ces éléments, déposés
et brûlés sur l’autel de D.ieu peuvent ainsi
être élevés, et donc rattachés aux sphères
célestes. De cette manière, le lien est créé
entre le monde matériel et les mondes supérieurs.
Evidemment, au-delà des gestes, les sacrifices
exigeaient des kavanoth (intentions
de l’acte), auxquelles devaient parvenir les prêtres
au moment où ils accomplissaient leur rôle.
Les secrets de la création
Cette fonction nécessitait une connaissance
des secrets de la création. Ainsi, ils pouvaient relier chaque
élément du monde matériel au Créateur.
Depuis la destruction du temple, le monde ne jouit
plus du privilège d’utiliser les sacrifices pour faire
fonctionner notre univers.
Nos maîtres nous apprennent que le rôle
extraordinaire qu’accomplissaient les Prêtres au Temple
a été remplacé par les prières du peuple
d’Israël.
Rabbi Eliahou Lopian explicite le processus décrit par Rabbi
‘Haïm.
L’étude de la Thora est, on l’a
vu, le carburant de notre univers.
Mais seule, elle ne suffit pas, car il manque l’élément
qui va permettre d’orienter l’Abondance vers le monde
matériel.
Et les prières seules, aussi intenses qu’elles
soient, ne peuvent créer l’abondance, leur rôle
étant seulement de lui permettre de parvenir jusqu’à
notre monde.
C’est seulement lorsque l’étude
de la Thora et le service divin complètent leur action que
le monde peut jouir de la bénédiction divine.
Rabbi ‘Haïm ajoute (Nefech Ha’haïm
4 ; 11 et 4 ; 25) une précision importante :
l’état idéal de l’univers, c’est
de jouir spirituellement et matériellement du rayonnement
divin.
Cet état idéal peut être atteint
lorsque le peuple juif dans son ensemble est attaché à
l’étude de la Thora ou au soutien de ceux qui étudient.
A certaines périodes de l’histoire
du peuple juif, cet objectif a été presque atteint.
Mais lorsque l’intensité
et la qualité de l’étude diminuent, le rayonnement
qui fait vivre l’univers diminue parallèlement.
Et les conséquences de
cette baisse de régime se font sentir dans le spirituel comme
dans le matériel.
Ce sont donc certains hommes qui,
à travers leur étude et la qualité de cette
étude, remplissent le rôle qui aurait dû être
celui de toute la communauté.
Chaque personne qui s’investit
dans la Thora et qui étudie sans intérêt personnel
(lichma) peut donc être considérée à
juste titre comme l’un des piliers du monde.
La semaine prochaine, nous tenterons de comprendre
la fin du message de Simon le Juste. Nous expliquerons également
comment Alexandre le Grand est devenu le plus convaincu des protecteurs
et admirateurs d’Israël, lui qui en a presque été
l’oppresseur.
Chabbath Chalom
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