| ‘Hanouka
Le véritable sens de 'Hanouka
Par Rav Eliahou Elkaïm
L'étude des textes portant sur la fête
de 'Hanouka, dans le Talmud et ses commentaires, nous mène
à la réflexion suivante : dans la loi écrite,
la description des événements historiques de la sortie
d'Egypte constitue la base des commandements liés à
la fête de Pessa'h. Bien plus tard, le récit de la
Meguilah d'Esther et des miracles qui se produisirent à l'époque
forme l'origine des lois s'appliquant à la fête de
Pourim.
Or, pour ce qui est de 'Hanouka, qui commémore
la délivrance du peuple juif du joug macédonien, le
Talmud ne nous fournit que de très brèves allusions
sur ce qui s'est passé, sans aucune précision ni détail.
Le Talmud ne s'étend que sur le détail
des lois de l'allumage des lumières des huit jours de fête,
tout en soulignant que le sens véritable de cette Mitsvah
est de perpétuer et de publier les miracles de 'Hanouka jusqu'à
notre époque.
Le même Talmud décrit avec bien plus
de précisions les événements de la destruction
du second Temple qui eurent lieu de longues années plus tard.
Pourquoi alors nos Sages n'ont-ils pas jugé nécessaire
de nous faire connaître “ l'Histoire” de 'Hanouka
?
Même Maïmonide qui développe
davantage la description de cette période, ne nous livre
guère de détails sur la guerre menée par les
Hasmonéens et sur les différents stades de leur victoire
sur l'emprise macédonienne en Israël (cf. Maïmonide,
lois de 'Hanouka, chap. 3,1). Ce silence n'est pas dû à
un hasard ou à un manque d'information sur cette période,
et nos Sages avaient certainement de bonnes raisons de se montrer
si laconiques.
Documents historiques
Une explication du Gaon Rabbi Ezéchiel
Abramsky z.t.l. (1886-1976) sur le dernier chapitre de la Meguilah
d'Esther nous aidera peut-être à comprendre cette concision
volontaire, et jettera un nouvel éclairage sur l'approche
de nos Maîtres pour tout ce qui concerne la narration de “
l'Histoire” d'Israël.
Nous lisons dans la Meguilath Esther (10,2) :
«
.»
« Quant aux hauts
faits de sa force et de sa puissance (d'Assuérus) et à
l'exposé détaillé de la grandeur de Mordekhaï,
que le roi lui avait conférée, ils sont consignés
dans le livre des Chroniques des rois de Médie et de Perse.
»
Et le Rav Abramsky z.t.l. d'expliquer :
Quiconque considère le texte de la Meguilah
comme un document historique dont le but principal serait de relater
les événements tels qu'ils se produisirent, commet
une profonde erreur.
Le texte lui-même nous le précise
: « Qui veut connaître l'histoire
d'Assuérus et de la position occupée par Mardochée
est invité à consulter les Chroniques des Rois de
Perse et de Médie. » C'est là qu'il trouvera
des documents historiques proprement dits.
La Meguilah d'Esther, elle, a été
écrite sous inspiration prophétique, sous l'influence
de l'esprit divin. Ne s'y trouvent relatés que les faits
et détails présentant un rapport avec le sens véritable
de l'histoire, et nous permettant de dévoiler ce qui se cache
derrière celle-ci.
Cette description des événements
doit nous amener à l'inévitable conclusion : même
dans les ténèbres de l'Exil, la main dissimulée
du Créateur dirige l'humanité et protège le
peuple d'Israël.
Tout récit, aussi piquant qu'il puisse
être, s'il n'ajoute rien à la compréhension
du but véritable du Créateur, n'a pas sa place dans
la Meguilah, et il faut le chercher dans les Chroniques des Rois
de Perse et de Médie.
Plus encore, “l'Histoire” proprement
dite est toujours révélatrice de l'optique de l'historien
qui l'a rédigée. C'est seulement si celui-ci était
éclairé par l'esprit divin qui animait nos Sages,
qu'il a pu discerner la vraie “Histoire”.
Rapport numérique
Avant sa mort, Moïse bénit la tribu
de Lévy en ces termes :
«
»
« Bénis, Hachem,
ses entreprises, et agrée l'oeuvre de ses mains. »
(Devarim 33,11).
Moïse vit, explique Rachi (ad hoc.), que
les Hasmonéens, issus de la tribu de Lévy, lutteraient
un jour contre les Grecs. Il pria pour eux parce qu'ils seraient
très peu nombreux : treize en tout contre des myriades. Il
les bénit pour qu'Hachem couronne leur action de succès.
Un texte du Midrach
est à l'origine de cette explication, et nulle part dans
les textes historiques se rapportant à cette période,
nous ne trouvons cette description sur le rapport numérique
entre les Hasmonéens et les Grecs.
Or, il est évident qu'un tel triomphe ne
peut être dû à une brillante stratégie,
mais seulement à la victoire de l'Esprit sur la force militaire,
et à un miracle rationnellement inexplicable.
C'est là l'accomplissement des paroles
du prophète Zekharia (4,6) :
«
».
« Ni par la puissance, ni par la force, mais
par Mon esprit, dit Hachem, le Maître des armées. .
»
Selon le Ba'h (Rabbi Yoël Sirkis - 16ème
siècle), si l'empire macédonien a opprimé le
peuple d'Israël, s'il a promulgué des décrets
interdisant la pratique de la Torah et le service du Temple, c'est
en raison du laisser-aller que manifestaient les Juifs préposés
au service sacré.
Le châtiment a été de permettre
à l'empire macédonien d'étouffer tout ce qui
présente un rapport avec l'Esprit. La seule façon
de remédier à cette grave faute était le sacrifice
inconditionnel des Hasmonéens, qui se révélèrent
prêts à mourir pour la restauration du service sacré,
et s'attaquèrent sans aucune chance de réussite à
l'armée Hellène.
Une fois cette brèche réparée,
la puissance grecque perdit son éclat et sa force.
D'après le Talmud (Yoma
29a), le récit du miracle de 'Hanouka fait partie de la loi
orale, et il n'a pas été permis de l'inclure dans
le canon biblique parmi les Hagiographes, comme celui d'Esther.
Selon l'explication du Rav Abramsky z.t.l., la
raison profonde de cette différence tient à ce que
le miracle de 'Hanouka, s'il est raconté de la même
façon que celui de Pourim, risque fort d'être mal compris.
Au fil des générations, l'impression
qui prévaudrait serait celle d'une victoire réalisée
grâce à une brillante stratégie. Or cela reviendrait
à vider le miracle de 'Hanouka de sa substance et de son
véritable sens.
Victoire de l’esprit
Pour éviter une telle méprise, nos
Sages ont préféré cacher, même dans les
textes de la loi orale, toute description des événements
liés à cette victoire, et de nous dévoiler
que l'essence du miracle.
La signification profonde de 'Hanouka est la victoire
de l'Esprit sur la matière, et surtout le triomphe de la
Messirout Nefesh, de l'abnégation absolue en faveur du service
sacré. C'est d'ailleurs dans le texte des prières
de 'Hanouka que nous retrouvons cette idée clairement signifiée
; nous ajoutons dans le Chemoné-Esré le texte du Al
Hanissim :
«
»
« Tu as livré
les forts aux mains des faibles, les [armées] nombreuses
aux mains des minorités, les méchants aux mains des
justes, les impurs aux mains des purs, et les coupables aux mains
de ceux qui se consacrent à Ta Torah. . »
Les membres de la Grande Assemblée qui
rédigèrent nos prières, précisent donc
bien : “ ”
- « les forts aux mains des faibles.
»
Les Hasmonéens étaient des hommes
faibles, et non pas des “sur-hommes”; ce n'est ni leur
stratégie militaire ni leur puissance qui leur permirent
de vaincre, mais seulement la force de l'Esprit.
« »
« Ni par la puissance,
ni par la force, mais par Mon esprit, dit Hachem, le Maître
des armées. » (Zekharia 4,6).
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