| Parachat Vayéchev
‘Hanouka - Le renouveau éternel
Rav Eliahou ELKAIM
Contrairement à la majorité des
ennemis d’Israël, les Grecs ne cherchaient pas à
détruire physiquement les Juifs, mais à effacer leur
spécificité. L’occasion d’une interrogation
sur une identité si différente…
La fête de ‘Hanouka commémore la délivrance
d’Israël de l’oppression sous le joug de l’empire
macédonien, propagateurs et représentants de la culture
grecque, appelée par nos maîtres Tarbouth
Yavan.
En effet, d’après la tradition (et cela est déjà
annoncé à Avraham), Israël devra subir quatre
exils avant de jouir de la délivrance finale. Et le troisième
exil est celui de Yavan, la Grèce.
Nos maîtres (cf Levouch Or Ha’haïm chapitre 670
; Michna beroura idem) nous éclairent sur la différence
fondamentale entre l’exil de Yavan et les trois autres, Babel,
Médie et Edom.
Les trois empires que nous venons de citer attaquent physiquement
le peuple d’Israël. Bien sûr, dans le courant de
l’histoire, des décrets, publiés par ces trois
puissances, verront le jour pour empêcher l’étude
de la Thora et l’accomplissement des Mitsvoth, et tenter d’obliger
les Juifs à adopter leurs propres religions. Mais ces sentences
ne sont qu’un moyen de plus pour parvenir à la destruction
physique du peuple d’Israël.
En ce qui concerne Yavan, les Grecs, leur but était d’éradiquer
la Thora et ce qu’elle implique. Si le peuple d’Israël
avait accepté et adopté les us et coutumes hellénistes,
et s’était assimilé à la civilisation
grecque, les Juifs n’auraient pas eu à souffrir physiquement.
Cet exil se différencie des autres également par
le fait qu’Israël a continué de vivre sur sa terre.
Il n’y eut pas de tentative de la part des Grecs de chasser
les Juifs de leur pays.
On retrouve ces notions, explicitement exprimées, dans
le texte ajouté à la prière de la Amida durant
la fête de ‘Hanouka (Al
hanissim), par les membres de la Grande Assemblée
:
« Lorsque l’empire grec s’est
attaqué à Israël, pour lui faire oublier Ta Thora
et l’éloigner de l’accomplissement de Tes commandements.
»
Nos maîtres nous révèlent également
que les Grecs se sont attaqués à trois mitsvoth
particulières. Et la volonté des Grecs d’empêcher
les Juifs d’obéir à ces trois commandements
de la Thora était si forte qu’ils menaçaient
de mort ceux qui voulaient rester fidèles à la parole
de D.ieu.
Ces trois mitsvoth étaient
celles de ‘Hodech, Chabbath
et Mila.
‘Hodech, est le commandement de sanctifier le jour où
la lune apparaît de nouveau (la néoménie), et
de le fixer comme le premier jour du mois.
Les grecs interdisaient également le respect du Chabbath
et la pratique de la circoncision, brit
mila.
Pourquoi les Grecs ont-ils choisi ces trois
mitsvoth parmi tant d’autres et ont-elles un point
commun ?
Origine divine
Dans son analyse des caractéristiques de chacune des nations
qui opprime Israël, Le Maharal (Ner Mitsva p.15), définit
la politique de l’empire macédonien.
L’essence même de la civilisation hellène,
était basée sur la notion de la toute-puissance de
l’intellect humain, qui dirige toute la création.
Le haut degré de connaissance et de culture des philosophes
grecs les a amené à croire que l’intellect humain,
et lui seul, doit diriger tous les aspects de la vie d’un
homme.
Toute théorie ou action se basant sur un système
métaphysique n’a pas de droit d’existence.
La Thora, dont la base est l’origine divine, met en avant
une science placée au dessus de l’intellect humain.
On le comprend, les grecs ne pouvaient tolérer une telle
approche du monde, qui remettait en cause leur propre compréhension
de l’univers. Ils cherchèrent à effacer la conception
juive, représentante d’une science divine.
Des décrets furent promulgués, interdisant, comme
nous l’avons vu, trois mitsvoth spécifiques.
Eternité et renouvellement
L’auteur du Dere’h ‘Houqué’ha explique
que les Grecs ont perçus dans ces trois commandements l’expression
la plus essentielle de la Thora.
La mitsva de sanctifier la jour
de la néoménie, fixe les bases du calendrier juif
d’après l’année lunaire.
Pourtant, la logique voudrait que le calendrier soit fixé
d’après l’année solaire, puisque les saisons
dépendent de la position du soleil.
D’ailleurs, même les horaires dans lesquels s’inscrit
l’accomplissement des mitsvoth,
sont toujours fixés d’après le lever ou le coucher
du soleil, et sont calculés d’après les dates
du calendrier solaire.
Pourquoi la Thora a-t-elle donc introduit le cycle lunaire dans
le calendrier, allant à l’encontre du bons sens et
de la logique.
A juste titre, les Grecs ont vu dans cette mitsva la différence
entre la Thora et la science humaine.
En réalité, le calendrier juif se base à
la fois sur l’année solaire et l’année
lunaire.
Maïmonide, (Yad ha’hazaka, Hil’hoth Kidouch ha’hodech,
chapitre 1) précise :« Les mois de l’année
sont fixés d’après la néoménie,
mais les années sont des années solaires, comme le
précise le verset : « Prends
garde au mois du printemps pour célébrer la Pâque
en l’honneur de l’Eternel ton D.ieu. »
(Deutéronome 16 ; 1) »
Dans la Thora, la notion du ‘Hodech
(mois) vient exprimer un renouveau (‘Hidouch)
:
renouveau de la lune qui ré-apparait dans le ciel, alors
que le mois solaire n’exprime aucun renouvellement.
En revanche, pour compter les années, un ajustement selon
l’année solaire est nécessaire, puisque la date
de la fête de Pessa’h doit toujours correspondre au
printemps.
Or, il y a 11 jours de décalage entre l’année
solaire et l’année lunaire. On attend que ces jours
de décalage s’accumulent à un total de 30 jours,
moment où l’on ajoute un mois supplémentaire,
un treizième mois à l’année : c’est
ce qui arrive à intervalle régulier.
Ainsi, on conserve le principe de la Thora qui exige que Pessa’h
soit au printemps.
Cette dualité, qu’utilise la Thora, entre ces deux
éléments qui fixent le calendrier est expliquée
par le Rav I. Hutner : chacun de ces deux éléments
exprime une idée fondamentale.
Le mois (que l’on fixe par les cycles de la lune) exprime
le renouvellement périodique alors que l’année
(réajustée par rapport à l’année
solaire) exprime la reconduction perpétuelle.
En effet, le peuple d’Israël doit être influencé
par ces deux notions : celle de la continuité qui se manifeste
par le devoir permanent de chaque juif tout au long de sa vie, de
servir son créateur et de vivre sa foi en D.ieu.
C’est cette notion qu’exprime le Roi David quand il dit
: « Je fixe constamment (tamid) mes regards sur le Seigneur.
» (Psaumes 16 ; 8).
Complication apparente
Quand à l’idée du renouvellement, chaque juif
a le devoir de réitérer son attachement à D.ieu
en y introduisant régulièrement une nouvelle dimension,
un renouveau du sentiment.
C’est l’essence même du jour de Roch ‘hodech,
qui marque le début du mois :
« Et il arrivera constamment, à chaque néonémie
et à chaque chabbath que toute chair viendra se prosterner
devant Moi, dit l’Eternel » (Isaïe 66 ; 23).
Par ailleurs, on commence le décompte des années
à partir du 1er Tichri, qui est le septième mois :
c’est Roch Hachana, date anniversaire de la création
du monde.
Le décompte des mois, lui commence le 1er Nissan, premier
des mois de l’année.
« Ce mois-ci est pour vous le commencement
des mois, il sera pour vous le premier des mois de l’années
» (Nombres 12 ; 2).
Na’hmanide explique que Nissan a été choisi
comme premier mois de l’année dans la mesure où
il nous rappelle la sortie d’Egypte.
Mais alors, pourquoi n’avoir pas choisi cette même
date pour le début de l’année ? Quel est le
but de cette complication apparente ?
C’est en réalité la même idée
qui s’exprime.
Il faut que le ‘hidouch,
le renouveau, soit flagrant et qu’il vienne nous surprendre
au milieu de l’année.
Nissan, en tant que temps du renouveau est également le
temps de la délivrance :
« En Nissan, ils ont été délivrés
et c’est en Nissan qu’ils seront délivrés
à la fin des temps. »
On le voit, le décompte de l’année, différent
de celui des mois, ne paraît pas cartésien, et semble
échapper à la logique exclusivement humaine. On comprend
donc que les grecs y ait vu une atteinte insupportable à
leur philosophie : le décompte du temps, base de la vie,
échappait à la logique...
Le Chabbath est également une perception du temps tout
à fait particulière, et incompréhensible pour
les grecs.
D’abord, au niveau de la nature proprement dite, il n’y
a aucune différence entre Chabbath et les autres jours de
la semaine. Le soleil se couche et se lève comme tous les
autres jours.
En outre, on ne peut expliquer le Chabbath par une recherche de
détente et de relaxation, car la Thora interdit certains
travaux qui ne sont absolument pas fatiguants.
L’homme est limité dans ses actes. Il ne s’agit
pas d’un repos d’ordre social, mais d’un repos
« spirituel ».
C’est d’ailleurs le sujet de la polémique entre
Rabbi Akiba et le gouverneur romain Turnus Rufus (Talmud Sanhédrin
65 b).
« En quoi ce jour (chabbath) se distingue-t-il des autres
jour ? demanda le romain au célèbre Tana.
Et toi, lui répondit Rabbi Akiba, qu’est-ce qui te
distingue des autres hommes ? Tu es fait de chair et de sang, comme
tous les être humains…
C’est le roi qui m’a élevé à
mon haut rang.
La même réponse est valable pour le jour de Chabbath
qui a été élevé par D.ieu
Pouvons-nous voir dans la création un élément
qui différencie Chabbath des autres jours ?
Il y en a trois, répondit Rabbi Akiba. Le fleuve Sambation,
qui toute la semaine est en tumulte, est calme le jour de Chabbath.
Ceux qui évoquent les morts ne réussissent pas à
le faire le jour de Chabbath. Et la tombe de ton père (de
Turnus Rufus) qui dégage de la fumée toute la semaine
(signe des châtiments de l’enfer qu’il subit),
n’en dégage pas ce jour-là. »
Là encore, la sanctification du temps ne pouvait être
ni comprise ni tolérée par les Grecs.
L’univers, le temps et l’âme
La dernière mitsva interdite par les grecs fut la circoncision,
la brit mila.
Le rationalisme implique une reconnaissance de l’utilité
de chaque organe du corps. Couper la orla (le prépuce), pour
ajouter un élément de sainteté à l’homme
va à l’encontre de la philosophie grecque.
Le Sefat Emet (‘Hanouka année 5647) exprime une idée
passionnante :
Chabbath, ‘Hodech et
Mila sont les signes divins qui marquent la différence
entre Israël et les Nations.
Israël est régit par un système différent
des autres, système qui intervient sur les trois éléments
fondamentaux que sont olam, chana et
nefech, littéralement : l’univers, le temps
et l’âme.
La mila est la marque faite
sur l’âme.
Le Chabbath est la marque divine sur l’univers. Par la sanctification
du septième jour, D.ieu montre que l’abondance divine
(chefa) à l’égard
d’Israël transcende le système des six jours de
la création, utilisé pour les nations.
La néoménie est la marque divine qui fixe un autre
ordre du temps pour Israël.
La Grèce a voulu s’attaquer à l’essence
même de la spécificité d’Israël en
abolissant ces signes.
L’empire grec a disparu depuis longtemps.
Et les découvertes scientifiques extraordinaires de notre
époque prouvent clairement à tout esprit sain que
l’intellect humain ne peut cerner les secrets infinis de l’univers.
La fête de ‘Hanouka
vient nous interpeller et nous rappeler, à nouveau, le fondement
de notre foi : l’intellect ne peut être le seul outil
pour cerner le sens de la création.
Même les mitsvoth qui sont
à nos yeux rationnelles ne sont que l’expression de
la volonté divine énoncée par la Thora, science
qui se place au dessus de toutes les contingences rationnelles.
« Prétends-tu
pénétrer le secret insondable de D.ieu, saisir la
perfection du Tout-puissant ? » (Job 11 ; 7)
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